Innovation en Wallonie – Enquête Innovatech – Relativisons les résultats

Innovation en Wallonie

Source Image: 7sur7.be

Innovatech a lancé une grande enquête concernant l’innovation en Wallonie au sein des PME et TPE. On ne peut que saluer ce genre d’initiative tant elle permet de faire le point sur l’état de l’innovation dans notre tissu économique wallon.

Ceux qui me connaissent savent que j’aime jouer avec les chiffres (oui j’ai de drôles de jeux) et surtout de les pousser dans leur retranchement afin de mieux connaître leur limite.

Il y a à peine quelques jours j’assistais à une conférence sur le Big Data par un journaliste du The Economist. Une chose que j’ai retenue de cette conférence est que les données sont véritablement puissantes, mais nous ne devons pas tomber sous leur dictature. Mais le sujet n’est pas le Big Data, donc je m’éloigne un peu.

Revenons à nos moutons et tâchons de voir ce que les résultats de l’étude d’Innovatech nous disent.

  1. les TPE/PME innovent-elles ?

Oui, 7 entreprises sur 10 ont innové durant ces trois dernières années.

Ce chiffre est assez édifiant ! Plus de 70% des entreprises interrogées ont innové. Très honnêtement je n’en reviens toujours pas. C’est une très bonne nouvelle pour la Wallonie et ceci est la preuve que les initiatives du gouvernement wallon portent leurs fruits.

Toujours se référer à la composition de l’échantillon pour mieux comprendre les résultats

Passé l’effet « Waow », je cherche plus loin à comprendre comment ce chiffre peut être possible. Et finalement je trouve la réponse à peine plus haut (j’ai toujours l’art de lire les études dans un ordre assez étrange).

« Pour garantir la pertinence des résultats, la direction d’InnovaTech a accordé une attention particulière à la préparation de l’enquête : nous nous sommes principalement intéressés aux secteurs traditionnellement concernés par l’innovation technologique. »

Tout s’explique à présent. Il évident que dans des secteurs traditionnellement concernés par l’innovation la grande majorité des entreprises innovent.

L’interprétation des questions et le biais des réponses

Deuxième hypothèse qui peut expliquer un résultat aussi élevé : L’interprétation de la définition de l’innovation qui est donnée par Innovatech. La définition parle de l’introduction sur le marché d’un nouveau produit ou service ou d’une modification significative de ceux-ci. Significative voulant dire qui permet d’obtenir un avantage concurrentiel. Et boum ! On est reparti, on entend quoi par avantage concurrentiel. Ce n’est pas malheureusement pas défini. Mais on ne peut pas en vouloir à Innovatech, le problème de l’innovation réside précisément dans sa définition. Vous trouverez quasiment autant de définition de l’innovation qu’il y a d’individus faisant l’innovation.

 Deux innovations sur trois sont lancées en moins d’un an

Les innovations sont lancées relativement rapidement et Innovatech conclu a des innovations incrémentales.

Le temps de développement n’est pas réellement un indicateur du type d’innovation qui est produite. Cela reste une hypothèse qui devrait être vérifiée et il est dommage que la question n’ait pas été posée aux PME.

Dans le domaine informatique, un développement d’un an est considéré comme étant relativement long surtout vu l’évolution des technologies aujourd’hui. Il serait intéressant de vérifier quelle était la part des entreprises du secteur IT qui ont été interrogées dans cette étude.

L’innovation génère beaucoup plus de croissance, a fortiori avec une aide extérieure

Dans des secteurs avec un impact technologique important, ne pas innover est quasiment un suicide économique. L’absence de croissance pour les entreprises qui n’ont pas innové n’est donc pas surprenante.

Les chiffres auraient été beaucoup plus intéressant dans des secteurs moins impactés par les technologies. On peut supposer que l’innovation génère plus de croissance, mais est-ce que la différence aurait été encore plus marquée ou pas que dans les secteurs technologique ?

De plus, on peut se demander s’il n’existe pas d’autres variables qui peuvent expliquer ces différences, par exemple la taille des entreprises sondées ? Lorsque les chiffres d’affaires de références sont assez faibles, on obtient rapidement des chiffres de croissance mirobolants, mais qui au final ne veulent rien dire.

On constate que près de la moitié de l’échantillon était des entreprises ayant moins d’un an, donc vraisemblablement des startups. Ce qui explique également la grande part de l’innovation constatée et certainement les chiffres important de croissance.

L’aide extérieure apporte plus de croissance

De nouveau, n’y a-t-il pas une autre explication ? Par exemple, la majorité des entreprises de l’échantillon étant de petite taille (70% inférieures à 9 personnes), il est relativement logique qu’elles fassent appels à des aides extérieures pour leur lancement.

Plus la taille de l’entreprise augmente, plus la propension à utiliser les compétences internes est grande. Les chiffres des plus grandes entreprises en valeur absolue sont plus important et leur croissance en général moins importante que les micro entreprises

En outre, la nature des aides extérieures, j’aurais aimé savoir de quelles aides ces PME avaient bénéficié et quelles étaient celles qui généraient potentiellement le plus de croissance au final.

L’innovation en Wallonie est bien réelle, mais…

Je ne renie pas la présence d’innovation en Wallonie, mais il faut relativiser les chiffres annoncés. J’ai plus l’impression que cette enquête est une manière de se congratuler, plutôt que permettre de réellement identifier des actions à réaliser dans le domaine de l’innovation. C’est dommage parce que l’initiative d’Innovatech est tout à fait louable, mais je pense qu’on a manqué quelque chose ici.

Etant consultant en innovation moi-même, je devrais plutôt me réjouir des résultats en me disant: « super ! mon rôle est important et cela constitue un bon argument de vente auprès des PME ». Mais d’un point de vue purement intellectuel, j’ai quand même un doute sur les résultats.

Bon et finalement on en retient quoi de cette étude ?

Je pense que l’on peu valablement retenir qu’il y a un effort significatif d’innovation en Wallonie, personne ne peut le nier.

On peut également être certain que l’innovation apporte de la valeur et de la croissance aux entreprises.

Là où j’émets un doute c’est dans l’amplitude de ces affirmations. Est-on aussi innovant et cela rapporte-t-il autant ?

Afin de valider les résultats, il faut réaliser l’étude avec d’autres populations qui permettre d’identifier si les résultats sont significatifs ou non. Donc regarder dans d’autres secteurs et avec des PME de taille plus importantes et plus anciennes également.

Autre point, je trouve dommage (mais dans le cas d’Innovatech c’est logique) qu’on ne s’intéresse qu’à l’innovation technologique alors que l’innovation non technologique joue également un rôle non négligeable dans la réussite des entreprises.

Je ne connais pas exactement le contenu des résultats chiffrés d’Innovatech, mais je pense que si l’étude a été réalisée correctement, ils pourront certainement nous éclairer sur certaines questions.

http://www.innovatech.be/upload/espace_innovation/Dossiers/Innoflash_enquete_Innovation_par_InnovaTech-Ipsos.pdf

 

Une réflexion au sujet de « Innovation en Wallonie – Enquête Innovatech – Relativisons les résultats »

  1. Monsieur,

    Tout d’abord, au nom d’InnovaTech, nous voudrions vous remercier pour votre analyse.

    Nous prenons du temps pour réaliser une enquête. C’est très agréable d’avoir quelqu’un qui prend le temps de l’analyser.

    Il est vrai qu’il est très compliqué de parler « chiffres » et nous tentons de prendre toutes les précautions nécessaires mais également d’analyser en profondeur les chiffres que l’on donne.

    Suite à votre pertinente analyse, nous aimerions apporter quelques éclaircissements si vous nous le permettez.

    – Vous dites que nous avons interrogé les secteurs concernés par l’innovation et dès lors qu’il est logique que ces secteurs innovent.

    Toutes les enquêtes sur l’innovation technologique cibleront toujours les secteurs susceptibles d’en faire / d’améliorer leurs produits (entreprises manufacturières, informatique,…). Mais ce n’est pas pour autant que toutes les entreprises interrogées étaient d’un haut niveau technologique. Bien au contraire. Comme expliqué plus tard, nous nous sommes basés sur un référentiel européen pour choisir les secteurs à interroger.

    – Vous dites que pour parler d’innovation, nous avons demandé aux entreprises si elles avaient introduit un nouveau marché/service ou une modification significative permettant d’obtenir un avantage concurrentiel et que dès lors l’interprétation de « l’innovation » est assez large.

    Il est vrai que les résultats d’une enquête sur l’innovation dépendront toujours de deux facteurs importants : l’échantillon utilisé (le type d’entreprises interrogées) et la définition que l’on donne à l’innovation. Pour ces deux paramètres nous nous sommes basés sur ce qu’utilise l’Europe pour les définir. Tous les 2 ans, une grande enquête est réalisée par l’Europe sur l’innovation entre autres technologique (l’enquête CIS). Les différents états européens se sont mis d’accord sur une définition pour l’innovation technologique et le type d’entreprises à interroger. Afin d’être cohérents, nous avons repris leurs critères. A la seule différence que nous nous sommes intéressées aux entreprises de toutes tailles et pas seulement celles de plus de 10 personnes comme c’est le cas dans leur enquête.
    L’enquête avait pour objectif l’innovation technologique. Evidement, il existe d’autres types d’innovation (qui sont encore beaucoup plus difficiles à définir correctement). Mais ce n’était pas l’objectif de l’enquête.

    – A votre question « quelle était la part des entreprises du secteur IT qui ont été interrogées dans cette étude ? »

    Nous pouvons vous dire qu’il y avait 200 entreprises du secteur IT dans l’échantillon (de 1000 entreprises).

    – Vous vous demandez s’il n’existe pas des variables qui peuvent expliquer la croissance comme par exemple la taille des entreprises sondées.

    Nous nous sommes posé la même question que vous. C’est pourquoi nous avons aussi fait l’analyse par taille d’entreprise (0-4, 5-9, 10-19, 20-49, 50-99 personnes). Nous obtenons de fortes différences quelle que soit la taille d’entreprise entre les entreprises qui innovent et les autres et entre les entreprises qui se font conseiller et celles qui ne le font pas. Les taux de croissance moyens sont moins élevés pour les plus petites entreprises (0-9 => +/- 4% de croissance sur 2 ans, 10-99 => +/- 13% de croissance en moyenne).

    – Vous dites que la ½ de l’échantillon était des entreprises de moins d’un an ce qui explique les chiffres importants sur la croissance.

    Ce n’est pas du tout le cas. 97% des entreprises interrogées avaient plus de 3 ans d’existence (72% plus de 10 ans).

    – Vous vous demandez s’il n’est pas logique que les entreprises de petite taille (majorité de l’échantillon) fassent appel à de l’aide extérieure pour leur lancement ?

    L’enquête révèle au contraire que plus l’entreprise grandit, plus elle fait appel à du conseil extérieur.

    – Vous auriez aimé savoir de quelles aides ces PME avaient bénéficié et quelles étaient celles qui apportaient de la croissance.

    Nous aussi :o)
    Votre question est intéressante et fera certainement l’objet d’une prochaine enquête. L’enquête ciblait différents aspects de l’innovation technologique. Nous avons communiqué les résultats qui étaient intéressants et significatifs. Dans le futur, nous creuserons les aspects comme celui que vous citez. D’ailleurs si vous en avez d’autres, n’hésitez pas à les communiquer, c’est toujours très utile d’avoir des avis extérieurs pour réaliser de telles enquêtes.

    – Vous émettez un doute, en conclusion, sur l’amplitude des affirmations. (Sommes-nous si innovants -7 pme sur 10- et est-ce que l’innovation rapporte autant – +27% de croissance dans certains cas- ?)

    Nous avons été les premiers étonnés d’une telle amplitude. Nous avons donc réalisé des analyses complémentaires sur différentes années, sur différentes tailles d’entreprises et cette forte amplitude se répète. Dans notre étude, nous démontrons la corrélation entre les paramètres pas le lien de cause à effet. Il est possible qu’un entrepreneur qui se fasse conseiller soit plus performant pas uniquement parce qu’il reçoit des conseils pertinents, mais aussi parce qu’il démontre une ouverture d’esprit plus importante.
    Pour les entreprises de plus grande taille, l’analyse est moins interprétable. En effet, nous avons remarqué que quand les entreprises dépassent plus de 50 personnes, la plupart sont des entreprises liées (faisant partie d’un groupe). Leur marge brute varie énormément d’une année à l’autre (une année dans un sens, un autre dans l’autre). Ceci résulte souvent plus d’une optimisation (fiscale) dans le groupe que d’une réelle augmentation ou diminution de leurs activités. Pour pouvoir analyser ces entreprises, il faut donc analyser les résultats du groupe qui souvent est international. C’est une analyse qui pourrait être faite mais qui dépasse donc d’office les limites de la Wallonie.

    Nous espérons avoir pu répondre à certaines de vos questions.
    Si vous en avez d’autres suite à ces réponses, n’hésitez pas.

    Encore merci pour votre analyse.

    Marie-Hélène Van Eyck
    Directrice d’InnovaTech

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